L'Antiquité en poche
Historiographie ancienne, historiographie moderne

Sous ce titre, inspiré d’un ouvrage justement célèbre d’Arnoldo Momigliano (Problèmes d’historiographie ancienne et moderne [Bibliothèque des Histoires], Paris, Gallimard, 1983. Voir aussi l’ouvrage de P. Vidal-Naquet, n° 7 ci-dessous), nous avons tenté de rassembler les références d’ouvrages au format de poche qui retracent l’histoire de l’histoire dans l’Antiquité, mais aussi qui font connaître l’Histoire telle qu’elle s’écrit et se pense aujourd’hui. Selon le principe habituel, nous entamerons cette chronique par deux comptes rendus d’ouvrages récents, puis nous présenterons une vingtaine de titres actuellement disponibles au format de poche sur l’historiographie ancienne et moderne.

Généralités

Depuis quelques années, on voit se multiplier les ouvrages de réflexions sur l’Histoire, particulièrement dans les collections de poche.

Nourri d’une réflexion critique et d’une grande érudition, le livre de C. O. Carbonell propose une introduction riche et très synthétique à l’histoire de l’histoire. L’exposé, très dense, ne se limite pas à la tradition historique occidentale, mais présente également les historiographies chinoise et arabe. Entièrement consacré à la tradition historique française, le volume de la col lection « 128 » ne remonte pas au-delà de la période médiévale et « l’histoire chrétienne ». On y trouvera une présentation des racines des études historiques actuelles, avec, notamment, une analyse de la manière dont a été appréhendée l’histoire de la Gaule celtique et romaine dans la tradition historique française. La dernière partie est consacrée au « Territoire de l’historien au XXe siècle ».

Débordant de réflexions critiques et nourri de références nombreuses, l’ouvrage de G. Bourdé et H. Martin retrace les grandes étapes de l’historiographie, de l’Anti quité à nos jours. Pour rapides qu’elles soient, les pages sur l’historiographie antique sont denses et assez bien informées. L’exposé, parfois polémique (ainsi à propos de la « nouvelle histoire »), éclaire les enjeux de l’écriture de l’Histoire et permet de replacer les écrits classiques dans le contexte intellectuel de l’époque où ils ont été produits. Il montre combien les débats sur l’Histoire se sont cristallisés autour d’hommes et d’institutions. Les recherches récentes en histoire de l’Antiquité sont évoquées quelquefois, notamment à travers les recherches de l’école de J.- P. Vernant (on trouvera, p. 333 et s., un résumé du livre de M. Detienne, Les jardins d’Adonis). Limité à la France et à l’histoire moderne et contemporaine, le second ouvrage intéressera néanmoins tout lecteur curieux de s’informer sur la manière dont on a écrit l’histoire depuis l’Ancien Régime et, même, comment on pourra l’écrire dans vingt ou trente ans (Ch. VII : « Pour une prospective de l’histoire »). Plus attentif aux faits, à l’organisation des institutions et au parcours des individus, ce bilan complète assez bien l’ouvrage de G. Bourdé et H. Martin, plutôt centré sur les débats d’idées et les théories. Une anthologie propose des extraits de textes qui illustrent divers moments de la conception de l’histoire ou éclairent la pratique de l’histoire :

Ce volume contient une riche bibliographie. Pour une présentation rapide de l’historiographie antique, médiévale, moderne et contemporaine, on pourra lire :

Historiographie ancienne

La plupart des ouvrages d’historiographie recensés ici dédient un ou plusieurs chapitres aux fondements de l’étude de l’histoire. Une uvre exclusivement consacrée à l’histoire en Grèce dans l’Antiquité est également disponible :

Le propos ici n’est pas de présenter les différents auteurs grecs qui ont écrit des ouvrages historiques, mais d’exposer, de comprendre l’émergence d’un genre littéraire et d’un mode de pensée soucieux de faire connaître le passé. L’auteur analyse cette « naissance de l’histoire » en concomitance avec le développement de la conscience politique de l’homme et son interrogation sur le devenir de la cité. Il existe également une très intéressante anthologie :

Quelques ouvrages parus au format de poche réunissent des essais consacrés à l’Histoire dans l’Antiquité ou à l’histoire de l’Antiquité :

Les Annales et la « nouvelle histoire » La création des Annales d’histoire économique et sociale en 1929 est tra ditionnellement considérée, en France, comme un tournant dans la conception scientifique de l’histoire. Le désir de Marc Bloch et de Lucien Febvre de promou voir une histoire moins événementielle et plus soucieuse de tous les phénomènes humains, particulièrement économiques, dans leur évolution historique, fut à l’origine d’une nouvelle conception de l’histoire. À la fin des années soixante-dix, certains historiens se réclamant de cette « école des Annales » systématiseront les nouvelles orientations de leurs recherches sous le label de la « nouvelle histoire » (C.-O. Carbonell, n° 1, p. 109). Entre manuels et manifestes, les deux ouvrages qui ont officialisé et popularisé la « nouvelle histoire » ont été repris en collection de poche :

Sur « l’école des Annales » et la « nouvelle histoire », outre les chapitres des ouvrages généraux (n°1-4), on pourra lire :

Certains écrits théoriques de personnalités de l’école des Annales et de la « nouvelle histoire » ont été réédités au format de poche :

L’ uvre de Fernand Braudel, père de l’histoire de la longue durée, est égale ment présentée dans un volume tout récent :

L’histoire événementielle, principalement soucieuse de princes, de batailles et de chronologie, a connu, parce qu’elle laissait dans l’ombre une grande part de l’histoire humaine, quelque désaffection depuis l’émergence de « l’école des Annales ». Certains spécialistes de l’histoire contemporaine, dont René Rémond, ont néanmoins prôné un retour réfléchi, et nécessaire, à l’histoire politique.

On verra également à ce sujet le dernier chapitre de l’ouvrage de G. Bourdé et H. Martin (n° 3), dû à P. Balmand : « Le renouveau de l’histoire politique ».

L’Historien et l’Histoire Plusieurs ouvrages s’attachent à la pratique de l’histoire et à la position de l’historien face à son objet d’étude, réflexions de praticiens et essais de mise au point méthodologique.

Le petit livre d’A. Prost (n° 23) séduira l’étudiant comme le chercheur par la diversité des approches proposées et la clarté de l’exposé. Illustré d’extraits repris aux bons auteurs français, mais aussi anglais ou allemands, l’ouvrage s’intéresse à l’historien, à ses méthodes, aux concepts qu’il utilise (notamment le temps), à l’écrit qu’il côtoie et qu’il produit. L’ouvrage de J. Leduc (n° 18), lui aussi, s’intéresse au temps, celui qu’étudie l’historien, mais aussi celui qu’il met en scène, dans son uvre : il y est donc question de la conception du temps, de l’opposition passé/présent, de la périodisation, du temps comme objet historique, puis du temps dans la narration historique, en relation avec la fiction. À propos des concepts fondamentaux de l’histoire, on pourra également se reporter aux articles dus à J. Le Goff (n° 19) : « Passé/présent », « Antique (ancien)/moderne », « Mémoire », « Histoire ». Enfin, le « Que sais-je ? » de G. Thuillier et J. Tulard (n° 24) se veut un petit guide de l’historien débutant, destiné à l’étudiant ou à l’amateur, et dispense toutes sortes de conseils pratiques du choix du sujet à la rédaction de l’étude. Nécessai rement trop général, et d’ailleurs limité aux recherches en histoire moderne et contemporaine (cf. n° 4), il pourra néanmoins donner quelques orientations pratiques au lecteur.

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Les travaux sur l’histoire et sur la tradition historique depuis l’Antiquité sont nombreux et variés, comme on a pu le voir. L’anthologie de F. Hartog et M. Casevitz comble une lacune en proposant une introduction aux principaux histo riens anciens qui a, en outre, le mérite de les faire connaître à travers leurs écrits. Du reste, les traductions des historiens anciens disponibles au format de poche proposent, le plus souvent, une présentation des auteurs et de la tradition historique antique : nous l’avons montré pour les historiens de Rome dans une précédente chronique, on pourra le découvrir pour les historiens grecs dans un prochain numéro.

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