Association d'étudiants namurois originaires de la Province de Liege

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Des Origines


Les premiers habitants de la partie méridionale du territoire sont venus de la Gaule et appartiennent à la race des Keltes ou Celtes et à celle des Gaulois. Quant aux Celtes de la Gaule eux-mêmes on ne peut faire que des conjectures sur leurs origines.

Vers l'an 58 avant Jésus-Christ, tout le territoire qui a formé l'ancien diocèse de Liège était habité, mais la population ne paraît pas avoir été forte.

Au Nord, il y avait les Ménapiens qui habitaient les pays situés entre le Démer et le cours de la Meuse au nord jusqu'à son embouchure, pays sablonneux et marécageux. Les même pays furent aussi habités plus tard par les Toxandriens, si toutefois ce n'était pas le même peuple désigné par deux noms différents.

En dessous des Ménapiens ou Toxandriens, il y avait les Eburons qui occupaient les deux rives de la Meuse au-dessous de Visé, et tout le pays situé entre la Meuse et le Rhin. Les Eburons portaient-ils aussi le nom de Tongriens, ou bien ceux-ci ont-ils été occuper le territoire après la défaite des Eburons par César ? Cette dernière conjecture est assez fondée.

Après l'extermination des Eburons par Jules César en 54 Av. JC, une autre tribu germaine nommée Summique fut établie sur la rive droite de la Meuse entre Maastricht et la rivière Worm. Ces transplantations auraient eu lieu vers l'an 8 avant notre Ere.

Les Romains s'installèrent et construisirent un réseau de voies qui déservaient toutes les grandes cités. L'administration de ces régions se faisant par des fonctionnaires Romains ; la langue latine se propagea très rapidement.

Après Jésus-Christ


Au premier siècle, la Gaule est romaine. Aux frontières de l'empire, des forteresses donnent naissance à des bourgades qui deviendront Cologne, Bonn, Mayence. Sur l'important réseau routier qui parcourt l'Europe s'édifient d'autres cités : Bavai, Tongres, Maestricht.

Au début du 4e siècle, les chrétiens de Cologne sont assez nombreux et organisés pour avoir un évêque : Materne. L'empereur Constantin, favorable aux chrétiens, les autorise à enseigner librement. Le nombre de fidèles augmentent très rapidement. La nécessité de scinder le diocèse devient rapidement inévitable. Saint Materne devient l'évêque de nos régions. Il passe pour avoir fondé des églises à Tongres, Maestricht, Huy, Jambes, Dinant et Ciney. Peu après un nouveau diocèse est créé et l'importante cité de Tongres reçoit son premier évêque : Servais. Son vaste diocèse ressemble déjà fort à celui de Liège et ne sera modifié qu'en 1559 sous Erard de la Mark (il s'étend de l'embouchure de la Meuse au nord, à Aix-la-Chapelle à l'est, Bouillon au sud et Mons à l'ouest). Mais le jeune évêque doit faire face à des invasions germaniques. Tongres est ravagée par les Francs à la fin du 4e siècle. Saint Servais meurt vers 384 et est inhumé à Maestricht. Les Francs conquièrent le pays et s'installent. Pourtant progressivement, ils se laissent gagner par la religion des vaincus. Vers 496 leur roi Clovis se convertit à Reims. On retrouve alors des évêques à Tongres. Dans les années 535-538, Domitien fait bâtir l'église Notre-Dame à Huy et y est enterré. Dès cette époque, les évêques résidèrent la plupart du temps à Maestricht. Monulphe (558-597) y fait bâtir une vaste église sur la tombe de Saint Servais. Une aimable légende veut que Saint Monulphe contemplant le site de Liège, ait prophétisé à son sujet : " Voici un lieu que Dieu a choisi pour le salut de nombreux fidèles. Il y naitra une cité qui égalera les plus illustres !". Ce lieu, habité depuis les temps les plus lointains est occupé à l'époque par quelques masures de paysans formant un Vicus leudicus, c'est-à-dire un domaine "Public" sans propriétaire particulier si ce n'est l'Etat autrement dit le roi. Par libéralité royale, il deviendra un jour domaine de l'Eglise de Tongres.

Saint Lambert


Au 7e siècle apparaissent les premiers monastères dans le pays. A l'instigation de Saint Amand, qui fut pendant trois ans évêque de Tongres-Maestricht, Saint Itte et Sainte Gertrude fondent Nivelles, Saint-Feuillen, L'abbaye de Fosses, Sainte Begge celle d'Andenne.

Et vers 650, Saint Remacle, l'apôtre des Ardennes, crée la double abbaye de Stavelot et Malmédy. C'est à l'abbaye de Stavelot que l'évêque Lambert séjourne durant 7 ans, privé de sa charge épiscopale par des querelles de royauté. Avec la mort d'Ebroïn et le retour de Pépin II, Lambert allait pouvoir rentrer à Maestricht. Pourtant son séjour de prédilection était situé un peu plus haut sur la Meuse : un modeste Vicus où son prédécesseur Saint Théodard est enseveli à l'ombre d'un humble oratoire consacré à Notre-Dame.

Le 17 Septembre 705, les hommes de Dodon attaquèrent le Vicus. Toute fois, Lambert refuse de prendre les armes car : " Un père ne peut répendre le sang de ses enfants ! Le Seigneur m'a aussi confié ces furieux : je suis leur évêque !". Pendant que Lambert implore Dieu, ses neveux, ses clercs et ses serviteurs sont tous tués. Lambert les suivra au royaume des cieux peu de temps après.

Ainsi mourut Lambert, évêque de Tongres sur ses terres de Leudicus. L'endroit de ce martyr s'appelle aujourd'hui : Place Saint-Lambert, Vicus Leudicus est maintenant Liège. Lambert est inhumé discrètement à Maestricht, aux cotés de son père. Mais la ferveur populaire fait du lieu de son martyre un but de pèlerinage. Il y aura des guérisons miraculeuses.

Hubert, successeur de Lambert, suit les événements de très près et proclame la sainteté de Lambert. il prend aussi la décision de lui dédier une basilique là où il fut tué et où on le prie. Et en 718, le corps du saint martyr est ramené solennellement à Liège. Une ville va naître... De la mort a jailli la vie... grâce à la foi des chrétiens de ce temps.

Saint Hubert


Du temps où le cruel Ebroïn opprimait les Francs, il y avait en Aquitaine un noble jeune homme appelé Hubert, comte du palais, sous le roi Théodoric. Il n'était instruit dans les belles lettres et versé dans le maniement des armes.

Détestant la tyrannie d'Ebroïn et ses persécutions contre le clergé, Hubert abandonna l'Aquitaine et se rendit en Austrasie, près de Pépin, qui y avait rétabli l'ordre en soumettant tous les seigneurs despotes. La compagne inséparable de Hubert fut sa tante Oda, veuve de Boggis, duc d'Aquitaine, récemment décédée. Il ne tardera point à se rendre près de Saint Lambert à Maestricht. La grâce de Dieu lui inspira un vif désir d'entrer dans la cléricature et de se consacrer au service de Dieu, mais les liens d'un mariage légitime l'empêchait de suivre ce désir. Entre-temps il vécut, non en laïque, ni en homme marié, ni en comte, mais en clerc, disciple de Saint Lambert.

Après le martyre de Saint Lambert, Dieu lui donna un digne successeur. Saint Hubert fut élu évêque et prit possession du siège épiscopal. Saint Hubert se dévoue aux intérêts spirituels de ses diocésains. Il les instruisait, et les portait au bien par ses prédications ; il les aidait, par ses générosités, à se construire des églises ; il leur administrait le saint sacrement de confirmation pour les affirmer dans la foi. Les pauvres trouvaient en lui un bienfaiteur, les opprimés un défenseur, les orphelins un père.

L'oratoire où Saint Lambert fut assassiné devint l'objet de la vénération publique et le but d'un pèlerinage. Les fidèles venaient y invoquer le saint martyr. Saint Hubert y résolu de construire une belle église. Aimant résider à Liège, il est bien probable qu'il y ait établi l'administration de son diocèse. Vers 727, le saint fut averti dans une vision que sa mort était proche et qu'elle aurait lieu dans le courant de l'année. Il succomba d'une fièvre à Tervuren le 30 mai 727. En 825 on transféra ses reliques à l'abbaye d'Andage.

Notger


En 925, la Lotharingie, dont fait partie le diocèse de Liège, échoit au roi de Germanie : Henry I L'oiseleur. Pour Liège commence une dépendance qui ne finira qu'en 1795.

Eracle, évêque de Liège, meurt le 28 octobre 971. A Aix-la-Chapelle, l'empereur Otton I lui cherche un successeur. Le 14 avril 972, Notger, clerc d'origine noble et conseiller de l'empereur est sacré évêque en l'église de Bonn. Notger a 42 ans et prend sa nouvelle tâche au sérieux : il organise rapidement la défense du pays. Les empereurs lui donnent, en effet, les moyens d'affermir son autorité...

A la mort d'Otton I, le 7 mai 973, son fils Otton II suit la même politique. Le 6 janvier 980, l'empereur Otton II confirme solennellement Notger " vénérable évêque de Liège " dans toutes les possessions et immunités reçues précédemment par l'église de Liège. Notger est en fait le seigneur de ses territoires : il devient le chef d'une principauté. Otton II est généreux et protecteur, Notger peut alors entreprendre la défense de Liège. Il fait preuve de tact et de diplomatie. A Lobbes, il réconcilie les abbés Rathier et Folcuin qui se disputaient la direction de l'abbaye. La paix s'étend rapidement dans tout le pays. Notger conçoit alors de grands travaux à Thuin, Fosses et Malines.

En 983, il reçoit les droits sur le marché de Visé. Mais cette année-là, aux fêtes de Noël, Otton II meurt. C'est son fils, Otton III âgé de trois ans monte sur le trône. Pendant deux ans, Notger et Gerbert d'Aurillac défendent le jeune roi contre les convoitises de Henry de Bavière et de Lothaire de France. Aussi, Notger prend-il de l'importance auprès des impératrices Adélaide et Théophano, grand-mère et mère de Otton III.

De 988 à 990, Notger accompagne l'impératrice en Italie où l'autorité des empereurs germains est mal acceptée. Le 15 juin 991 à Nimègue, Théophano meurt à son tour. Otton III n'a que onze ans et Notger doit plus que jamais se soucier des affaires de l'empire.

En 993, l'empereur est reçu par Notger à Liège même. Notger est occupé par la construction de la cathédrale dédiée à Notre-Dame et à Saint Lambert. Liège compte cinq collégiales : Saint Pierre, la plus ancienne, Saint Martin en Publémont, Saint Paul-en-île, Saint Denis, Sainte Croix.

Le 23 mai 996, à Rome, Otton III reçoit la couronne impériale des mains du pape Grégoire V. Il fait alors connaissance d'Adalbert, évêque de Prague. Notger a alors 66 ans et repart pour l'Italie. Adalbert devient martyre en 997 alors qu'il tentait d'évangéliser la région de Gdansk. Il fut canonisé à Liège en 999 et devient le Saint protecteur de la Pologne. Notger reste en Italie pendant cinq ans et essaye de maintenir le pouvoir germanique dans la péninsule.

Le 24 janvier 1002, Otton III meurt, alors qu'il s'apprête à assaillir Rome révoltée. Notger rentre à Aix-la-Chapelle où il assiste le 8 août 1002 au couronnement de Henry II de Bavière qui lui fait totalement confiance. Il négocie un projet d'alliance avec Robert, roi de France, en 1006. De nouveau, ses possessions sont confirmées, ce qui fait de lui un prince et un évêque. Il expire le 10 avril 1008 à Saint Jean.

" Liège tu dois Notger au Christ et le reste à Notger. "

Les 600 Franchimontois


Au XVème siècle, les ducs de Bourgogne essayent d’annexer la Principauté de Liège, enclavée entre leurs territoires. Les villes liégeoises se battent pour défendre leurs libertés. Philippe Le bon réussit à faire de son neveu, Louis de Bourbon, le prince-évêque mais celui-ci est très vite rejeté par la population.

Les sanctions succèdent aux rébellions que Louis XI, roi de France, encourage d’ailleurs à coups de belles promesses jamais tenues. En 1465, les Liégeois perdent la bataille de Montenaeken. En 1466, Dinant est mise à sac avec beaucoup de férocité. En 1467, la défaite de Brusthem livre Liège à Charles Le Téméraire : les insurgés sont bannis, toutes les libertés communales supprimées, les murs de la ville détruits, les impôts multipliés par sept, le Perron est transporté à Bruges. Les Liégeois sont poussés à bout.

En 1468, à Tongres, Louis Le Bourbon observe ses indomptables sujets : les insurgés sont rentrés à Liège. Le Duc Charles interdit tout dialogue avec les insurgés qui veulent que l’évêque de Liège rentre chez lui en maître et protecteur. Sous la menace, les révoltés obligent le prince-évêque à plaider pour la paix. Le Duc de Bourgogne est très irrité contre les Liégeois qui décident de l’attaquer.

Ainsi, le 22 octobre, 5000 courageux citoyens, épris de libertés, mais ignorant le métier des armes, se heurtent aux 40.000 hommes de guerre de Charles Le Téméraire. La défaite est inévitable. Six cents volontaires périssent dans le village de Lantin pour protéger la retraite de leurs compagnons.

Le soir du 27 octobre, les Liégeois prévoient de surprendre leurs ennemis au cœur de leur campement Porte Saint Léonard. Conduits par Jean de Wilde, les assiégés s’élancent contre les Bourguignons. Cependant, le nombre joue décidément trop contre eux, leur offensive est contenue et le repli obligatoire. Sur les hauteurs de Sainte Walburge où loge le duc, le légat Onofrius tente un dernier discours de clémence qui ne donnera aucun résultat.

La nuit du 29 octobre à la porte Sainte Marguerite, Gossuin de Streel et Vincent de Bueren et leur troupe bousculent les gardes. Dès que les Bourguignons accourent, la mêlée est générale et dans la nuit, la confusion est totale. Sous l’effet de quelques incendies, ils se regroupent et comme les archers écossais de Louis XI font merveille. Pour la petite troupe, c’est le massacre ou la fuite. Le lendemain, 30 octobre 1468, quand le duc Charles et le roi Louis entrent à Liège, la ville est morte. Mais le carnage commence seulement.

L’incendie de la ville dura sept semaines. Charles Le Téméraire ne laissa derrière lui que des décombres et un vaste charnier.

« Le souvenir des 600 Franchimontois a franchi les siècles »

Erard de la Mark


Né à Sedan en 1472, Erard avait eu des débuts laborieux. Cadet de famille voué à la carrière ecclésiastique, il n'obtint d’abord que des titres et des prébendes modestes. Mais, fréquentant, de 1500 à 1505, la Cour de France et la Ville Eternelle, il s'y fit connaître de Louis XII et Jules II.

Ceux-ci appuyèrent sa candidature dès qu'on crut mort l’évêque Jean de Homes, le vieil ennemi de sa famille. Erard fut élu. Ravagé par un incendie qui avait éclaté dans les écuries en 1505, le palais épiscopal était en piteux état à l'avènement de Erard. Cependant, le prince attendit 20 ans avant de commencer la reconstruction. Erard put y résider en 1533.

Or, pasteur né parmi les loups, il avait conservé l'esprit de décision et l'avidité des La Mark. Dès 1507, il obtint du bon roi Louis XII l'évêché de Chartres. Puis, brouillé avec François Ier qui l’avait écarté du cardinalat, il s'allia, à Saint-Trond, à Charles-Quint. Rompant avec la neutralité liégeoise, il entraîna son pays et la ville libre d’Aix-la-Chapelle dans cette alliance.

Quoique qualifié de «moderne» de façon équivoque, Erard de la Mark n'en désire pas moins la restauration complète de la puissance féodale de son Eglise : dès 1506, il fait dresser la liste de tous les fiefs «amples et menus» de son pays. Trente ans plus tard, ce sont les vassaux obligés au service militaire qui sont répertoriés. La passé enseigne le présent. Veut-il connaître ses droits ? L'évêque demande que le Chapitre cherche, dans les vieux actes, l'étendue de sa juridiction, de sa Meuse (1515), de ses droits "d’arsin" et de chasse (1529). Seules, les institutions défuntes sont laissées au tombeau : le Tribunal de la Paix et l'Anneau du Palais. Quant aux nouvelles instances, elles ne sont établies que pour corriger le fonctionnement des anciennes.

Ainsi en 1527, est-il statué que le conseil ordinaire prononcera, en appel sur les jugements des échevins en matière civile, et connaîtra directement des contraventions aux privilèges impériaux. Erard de la Mark mourut en 1538.

L'assassinat de Sébastien Laruelle


En 1637 à Liège, les Grignoux , les partisans de libertés communales accrues, et les Chiroux , partisans du renforcement de l'autorité du prince-évêque, s'affrontent.

Chiroux veut dire " hirondelles surnom donné à partir de leur uniforme : habit noir et culotte blanche. Grignoux veut dire " grincheux, râleurs " surnom donné en réplique au précédent. A leur tête, Sébastien Laruelle, bourgmestre en 1630 et 1635.

Le prince-évêque, Ferdinand de Bavière, cumulant de nombreuses charges, administre Liège de loin et sans énergie. Les Chiroux cherchent le soutien des Pays-Bas Espagnols et les Grignoux l'aide de la France. Le cardinal Richelieu prend parti pour Laruelle car Liège doit rester neutre : c'est un couloir vers la Hollande et une frontière entre les Espagnols et les Allemands.

L'abbé de Mouzon, l'envoyé de Richelieu, et René de Renesse, comte de Warfusée, ancien directeur des finances du roi d'Espagne aux Pays-Bas, soutiennent Laruelle. Warfusée a fui Bruxelles après avoir dilapidé les sommes dont il était responsable. Les Grignoux l'ont recueilli et installé à Liège. Celui-ci, au courant des tendances françaises, décide de tout dévoiler au roi d'Espagne et à son allié l'empereur d'Allemagne pour rentrer dans leurs grâces : ce projet français sera considéré comme une trahison de Laruelle.

Le 16 avril 1637, à une heure trente de l'après-midi, à un banquet chez le comte de Warfusée, la trahison s'accomplit par l'arrière de la maison longée par un bras de la Meuse : les Espagnols arrêtent Laruelle et Mouzon pour trahison. Sitôt averti, le capitaine de Sprimont accourt, mais il est trop tard Laruelle a été assassiné. Warfusée raconte la forfaiture et remet une fausse lettre signée du bourgmestre reconnaissant le complot. Prise d'une rage aveugle, la foule se rue dans la maison en massacrant tous les occupants. Seuls les amis de Laruelle et les femmes protégées par l'abbé de Mouzon eurent la vie sauve. Le cadavre de Warfusée fut exposé deux jours sur le marché, puis brûlé. Liège accorda à Sébastien Laruelle des funérailles dignes d'un souverain et sa mise en terre fut accompagnée d'un serment solennel des trente-deux métiers.

Du siècle des Lumières à la Révolution liégeoise


Léonard Defrance, né à Liège en 1735, a étudié la peinture dans sa ville natale puis à Rome et en France. De retour au pays en 1763, il souffre de l'obscurantisme des mécènes jusqu'à l'avènement du prince-évêque François-Charles, comte de Velbruck. Celui-ci s'intéresse aux idées du temps : celles des philosophes et des encyclopédistes. François-Charles aimerait rassembler quelques "convertis" en un cercle de discussions artistiques, littéraires ou scientifiques. C'est pourquoi Defrance retourne à Paris où il a pu introduire son œuvre avec un succès certain grâce à Fragonard qu'il a rencontré à Rome.

En 1779, Velbruck institue la "société d’émulation". Le peintre y rencontre Jacques-Joseph Fabry, ancien bourgmestre et Jean-Nicolas Bassenge, jeune avocat et poète. Mais Velbruck, grand prometteur d’une vie intellectuelle foisonnante à Liège, meurt le 29 avril 1784.

Son successeur est Constantin-François de Hoensbroeck, complètement opposé aux idées du défunt. Il considère "l'émulation" comme une propagande philosophique. Il affirme alors, son autorité sur tous les fronts en juillet 1785. Il envoie le procureur général Fréron pour fermer la maison des jeux de Spa tenue par Levoz. Fréron intervient à l'intérieur même de l'établissement, ce qui permet au tenancier Bovy de l'assigner devant le tribunal des XXII (composé de 22 juges élus par les trois ordres : 4 par le clergé, 4 par la noblesse et 14 par le tiers-état pour réprimer les forfaitures des agents du gouvernement) pour violation de domicile.

A partir de ce moment, l'affaire des jeux de Spa va prendre une ampleur inattendue. Fréron, soutenu par Hoensbroeck, soumet l'affaire à la cour de Wetzlar qui déclare le tribunal des XXII incompétent. Les trois ordres soutiennent le tribunal et le prince-évêque pousse Fréron a retirer son action à la cour de Wetzlar. C'est un rude coup de la nation liégeoise à la tentative d’autoritarisme de Hoensbroeck. Suite à l'arrêt de l'abbé Jehin qui distribuait des tractes appelés "cri général du peuple liégeois", la société patriotique est créée en 1787. Léonard Defrance se donne sans compter à la tâche obscure et périlleuse de diffuser les "lettres" de réfutation de son ami Bassenge. Le succès est immédiat mais la réaction ne tarde guère : les prochaines lettres seront saisies chez le relieur.

C'est ainsi qu’au cour de la nuit, les patriotes transportent leurs imprimés au domicile privé de Defrance, rue du Péry où 800 exemplaires sont reliés. L’affaire des jeux de Spa s'envenime, Bassenge et bien d'autres sont poursuivis par la justice, la censure se fait sévère, des démissions sont exigées. C'est dans un climat d’agressivité continuelle entre le peuple et le pouvoir que la famine menace après le rude hiver de 1788-89. Léonard Défrance et ses amis lancent, au début de 1789, «L’avant-coureur», un journal où Bassenge exprime d’énergiques revendications à l'égard de Hoesnbroeck. L'imprimerie Urban, à Tignée, est saccagée par des hommes de Fréron déguisés. Mais des assaillants sont reconnus et l'affaire révélée. Cette acte de brigandage est une provocation. Des émeutes éclatent dans tout le pays. Le 14 juillet, la bastille est prise à Paris, l'effervescence grandit à Liège. Le matin du 18 août, l'hôtel de ville de Liège est envahi, les bourgmestres renvoyés et remplacés par Chestret et Fabry. La citadelle tombe sans combat aux mains des insurgés. Le prince- évêque est amené de son château de Seraing pour ratifier des réformes prises séance tenante.

26 août 1789 : Fuite de Hoesnbroeck à Trèves.
12 janvier 1791 : Entrée des Autrichiens à Liège, rétablissement de Hoensbroeck, les dirigeants liégeois s'exilent à Paris.
1792 : Mort de Hoensbrocck. Son successeur est le Comte de Méan.
28 novembre 1792 : Entrée des Français à Liège, établissement d'un république démocratique.
5 mars 1793 : Retour des Autrichiens et restauration de Méan, nouvel exil des patriotes.
27 juillet 1794 : Retour des Français.
1 octobre 1795 : Décret de la convention qui réunit le pays de Liège à la France.

La principauté n'existe plus, elle forme la plus grosse partie du département de l'Ourthe. A tous ces événements, Defrance est étroitement lié : il reçoit des responsabilités de la cité (1790), de la province (1793), de l'arrondissement (1794), du département (1795). Le 18 février 1793, il est chargé par l'administration centrale du pays de Liège, d’organiser la démolition de la cathédrale, considérée comme le symbole de l'orgueil et de la tyrannie du pouvoir déchu.

En 1797, il quitte la vie politique pour devenir professeur de dessin.

« Léonard Defrance fut le meilleur patriote »

Napoléon à Liège


En août 1803, Napoléon Bonaparte, premier consul, effectue un voyage dans les départements du nord de la république : la Somme, le Pas-de-Calais, la Lys, l'Escaut, L'Ourthe, la Rhur,... A cette époque, Bonaparte représente l'avènement de la paix, des principes républicains jusque là malmenés : liberté, égalité, fraternité.

Dans une région comme Liège où les changements de régimes et les représailles ont souvent semé la violence et la mort, le premier consul est d'une popularité inouïe. Le 1er août à sept heures du matin, depuis la veille, la population liégeoise a triplé. De partout les gens se pressent ; nombreux sont ceux qui ont passé la nuit au bord de la route : Bonaparte arrive de Maastricht. Une garde d’honneur, dirigée par le vieux commandant Chestret l'attendait à Visé, il doit passer par Hermalle, Vivegnis, Herstal...

Au quai de Coronmeuse, des arcs de triomphe et des estrades sont installés. C'est là qu’il met pied à terre, accompagné de son épouse Joséphine de Beauharnais. Le maire Bailly lui présente les clefs de la ville. Onze orateurs se succèdent alors pour l’accueillir. On fait assaut d’éloquences. Au milieu d’une foule délirante, les visiteurs gagnent la préfecture (aujourd’hui musée d’armes) où ils logeront. Bonaparte décide alors de visiter la ville incognito. Dès son entrée en ville, pressé de toute part il doit dévaler au galop le thier de la fontaine pour se dégager. Il visite alors le couvents des Prémontrés, transformé en magasin d’artillerie.

Mais quand sa suite croit pouvoir rentrer à la préfecture, i1 s’élance soudain au mont Saint Martin, à Motel de Steen de Jehay où logent plusieurs généraux. Par les fenêtres de la. maison, il découvre plusieurs monuments en mauvais état. Ainsi, il voit que la collégiale Saint Paul mérite un clocher. Depuis 1801, les ruines de l'ancienne cathédrale Saint Lambert étaient abandonnées aux habitants.De 1808 à 1815, les décombres furent utilisés pour construire le quai de Basse-Suvenière. Mais il en restait, il fallait déblayer jusqu'en 1818. Napoléon va alors donner des ordres pour que tout soit remis en état.

Le lendemain, le premier consul visite le quartier d’Amercoeur. incendié par les Autrichiens en fuite, le 27 juillet 1794, il n’est plus que ruine depuis neuf ans. Dans ce quartier, la ferveur est plus grave, on attend tout de l'illustre visiteur. Il reçoit une supplique des habitants du faubourg. Après quoi une somme de trois cent mille francs anciens est mise à disposition du préfet du département. Suite à la reconstitution complète, ce crédit s'avéra trop généreux de plusieurs dizaines de milliers de francs. Le lendemain, Napoléon reprenait la route vers Huy, où il décida notamment la création d’une route nationale de Huy à Namur. Elle fut longtemps appelée "Chaussée Napoléon".

De même la place Saint-Lambert s'appela pendant plusieurs années : place Napoléon-le-grand. Par reconnaissance, le faubourg d’Amercoeur et la rue Basse-Wez devinrent le 9 août 1803 : Faubourg Bonaparte et ce, jusqu’à l’empire. De la même année, date de la création de la fonderie des canons. Elle devait fournir l’artillerie de la flotte que Bonaparte équipait à Boulogne contre l’Angleterre. « Visovné-v bin, m’chér camarâde, dè fameû timp dè gran Napoleyon »

Août 1914


Le 4 août 1914, à 8 heures du matin, l'armé allemande envahit la Belgique, pays neutre entre deux belligérants : L'Allemagne et la France. La Belgique compte se défendre. le premier choc est pour Liège et les 12 forts qui l'entourent. Sur les routes de l'invasion, les lanciers du 2ème régiment patrouillent. Avec une témérité folle, Fonck assaille seul le groupe de cavaliers mais quand il veut s'échapper une balle le frappe à la nuque : la guerre a fait sa première victime. Un monument s'élève à cet emplacement sur le bord de la route de Liège à Aix la chapelle à Thimister.

A 13 heures, les éclaireurs allemands arrivent à Visé. Le pont est détruit et sur l'autre rive, les soldats du 12ème de ligne, aux aguets, attendent les ordres du major Collyns. Les Allemands doivent refluer. L'invasion reçoit son premier coup d'arrêt. S'ils ripostent aux soldats belges, les assaillants s'en prennent surtout aux civils. Visé souffrira particulièrement. De ce premier accès de fureur du 4 août, jusqu'à l'incendie du 15 au 16, les habitants subirent les pires méfaits : 601 maisons incendiées, 42 civils tués, des centaines d'autres déportés.

Cependant, les forts de Pontisse, Barchon, Evenier, Fléron entrent en action. Bien renseignés et entourés par l'infanterie, ils désorganisent les troupes allemandes qui doivent s'arrêter de Lixhe à Boncelles. Le 5 août, surpris par cette opposition le général von Emmich essaie l'intimidation. Avec le général Leman, chef de la place de Liège, cela ne prend pas. Ce fut une journée de résistance opiniâtre et réussie. Toute la journée, le fort de Pontisse a tenu l’ennemi sous le feu mais en fin d'après-midi, des éclaireurs qui avaient passé le gué la nuit dernière, ont mis nos observateurs en fuite. Le fort ne contrôle plus le passage.

Et cette nuit- là, 6000 hommes franchissent la Meuse à Lixhl’ sans coup férir. C'est une offensive générale. A Rabosée, 450 belges sont assaillis par 5000 allemands d'enfer, les assaillants survivants reculent, mais les défenseurs sont décimés.

Au Sart-Tilman, c'est 12 000 assaillants qui reculent après 10 heures de combats acharnés. Et le matin du 6 août, malgré des pertes très cruelles, la rive droite tient toujours. Les forts de Boncelles et Embourg gardent leurs forces d'appui. Cependant, sur la rive gauche, les défenseurs sont écrasés au cimetière de Rhées, par les troupes qui sont passées à Lixhe et qui leurs sont très supérieurs en nombre. Le colonel Dussart est tué. Et si une partie de l'offensive se brise sur Herstal, à 4 heures du matin, un groupe de 300 hommes surprend le Q.G. de Liège, rue Sainte Foy, aujourd'hui rue du colonel marchand du nom de l'officier qui s'est porté seul face aux Allemands et qui y a laissé sa vie. Le général Leman parvient à s'enfuir. Il cherchera refuge au fort de Loncin pour y poursuivre sa mission. Mais, privé de communications indispensables, mal informé, il ordonne le replis des troupes de la rive droite qui n'étaient pas défaites. Rendus prudent, les Allemands laissèrent pourtant passer cette journée en bombardant la ville où ils n'entrèrent que le lendemain le 7 août.

Bien qu'isolés, les 12 forts tinrent bons. Il fallut l'arrivée des énormes « grosse Bertha » de 420 calibres inconnus à la construction des forts pour écraser leurs résistances. Loncin explosa le 15 août, Flémalle et Hologne tombèrent le 16. La ville de Liège, appelé la première à subir le contact des troupes allemandes, vient de réussir, dans une lutte aussi inégale qu'héroïque, à tenir en échec l'arrivée de l'envahisseur. Le décret conféra à Liège la croix de chevalier de la légion d'honneur.

« CEUX DE LIÈGE ONT PERMIS LA MISE EN PLACE
DU RESTE DE L'ARMÉE BELGE ET DE L'ARMÉE FRANCAISE, RENDANT POSSIBLE LA VICTOIRE DE LA MARNE »

La Résistance 40-45


Le 28 mai 1940, après 18 jours d'un combat inégal, l'armée belge capitule devant l'offensive allemande. La Belgique semble définitivement vaincue. Avant la fin de 1940, des groupes s'organisent pour pratiquer le renseignement, le sabotage militaire et industriel, l'aide aux évadés, aux réfractaires, le dépistage et l'élimination des collaborateurs, la diffusion de la presse clandestine, la récupération d'armes et de munitions. La résistance est née.

La répression est féroce, la Gestapo et les S.S. deviennent tristement célèbres. Des résistants capturés sont condamnés à mort après un simulacre de procès.

En janvier 1942, trois d'entre eux : Georges Béchoux, Georges Gadisseur et Robert Gendarme attendent leur exécution au fameux bloc 24 de la Citadelle de Liège. Arrêtés le 23 juillet 1941, condamnés à mort le 28 août pour tentative de sabotage, ils sont en sursis : si des sabotages se reproduisent, ils seront fusillés. Après avoir changé pour la 3ème fois de cellule, ils recommencent à scier leurs barreaux.

Grâce à la famille de Gadisseur, ils ont pu se procurer une corde indispensable car la Citadelle est cernée par un fossé de 12 mètres. Plusieurs jours passent à scier les barreaux en évitant les tours de garde. Lundi 19 janvier 1942, 4 heures du matin, Béchoux descend le premier, suivit de Gadisseur, mais les doigts engourdis de froid, ce malheureux lâche prise. Gendarme les rejoint et les trois amis se retrouvent au bord du fossé, le courageux Béchoux fonce. Après 2 mètres de descente la corde de fortune faite d'écharpes et de ficelles se rompt et Béchoux s'affale dans la neige. Avec juste le pied foulé, il parvient à s'éloigner. Gendarme réussit à récupérer la corde mais une sentinelle l'aperçoit et l'alarme est donnée. Gadisseur saute alors les 12 mètres et blessé au pied et à la colonne vertébrale, il se traîne jusqu'à la rue. Pendant ce temps, les soldats cherchent Gendarme mais le froid les décident à rentrer. Dès lors, Gendarme peut gagner les remparts et se laisser glisser vers la liberté.

Les trois amis, recueillis et aidés par des familiers, se retrouveront à un endroit convenu, pour rejoindre ensemble l'Angleterre par la France et l’Espagne. Cet épisode heureux n'est qu'un exemple entre 100.000, de la patience de la force et du courage des résistants au cours des 4 années de l'occupation. Beaucoup ont payé leur engagement de leur vie dans notre province.