Soudain,
il se mit à clamer sa soif, non pas comme, plus
tard, le Gargantua du bon Rabelais,en criant :
« A boire ! », mais en entonnant
à plein gosier , d’une de ces voix splendides
fréquentes en Wallonie, un refrain populaire qui
résonnait souvent entre les murs du Djus d’la
Mouse, les soirs de liesse :
« Allons,
la mère Gaspard, Encore un verre, encore un
verre… ».
Et
il promenait sur la foule un regard qui cherchait
si la mère Gaspard ne sortirait pas.Elle se
présenta sous les traits d’une brave grosse
commère, qui cria :
-
On ne va tout de même pas laisser cet enfant
mourir de soif. Il faut qu’on lui donne à boire,
surtout que s’il continue à chanter ainsi, il
aura encore plus soif .Ce disant, elle
courut chez elle et revint bientôt, tendant
au gamin un plein verre d’eau. Le bébé repoussa
la boisson avec une moue dégoutée. Un grand
éclat de rire partit de la foule amusée de la
mine déconfite de la femme.
Un
homme s’avança et lui dit :
-
Tu vois ! Tu ne veux jamais me croire quand
je te dis que l’eau ne vaut rien ! C’est
une boisson bonne pour les plantes et pour les
bêtes, mais pas pour les hommes, ça na jamais
rien valu. Ca donne du sang de poisson !
Ce gamin-là promet d’être un fameux homme. Je
vais lui chercher, moi, une boisson qui lui
convient !
Il
revint et tendit un biscuit trempé dans du « pèquet »
au bébé qui l’avala goulûment. Alors il lui
servit une grande resade de genièvre que l’enfant
engloutit comme si c’eut été du lait. L’homme
était ravi.Le petit voulut se lever, mais il
retomba, sa tête cognant durement contre le
pavé. Une exclamation de pitié monta de la foule,
mais lui, se relevant, partit d’un grand éclat
de rire, et flatta d’un main compatissante le
pavé qu’il avait touché.
L’homme
qui l’avait abreuvé, cria C’est un Liégeois !
Il a une tête dure ! Ce sera un fameux
homme… Ecoute, fit-il à sa femme, nous n’avons
pas d’enfants. Adoptons celui-ci ! Nous
l’appellerons Tchantchès (François).
La
femme fut ravie et elle emporta aussitôt Tchantchès
dans leur petite maison du Djus d’la Mouse.Son
père adoptif se chargea de le nourrir. Il lui
prodiguait force biberons de genièvre du plus
pur grain. L’enfant renâclait sur cette nourriture
trop abondante, mais jamais le père ne songea
à diminuer la ration ; il s’imposait d’achever
lui-même les biberons de son nourrisson.
A
un tel régime, l’enfant poussa comme champignon
en prairie. Le moment vint de le sevrer. Le
brave homme eut la malencontreuse idée de lui
donner un hareng saur : son pupille en
contracta une soif inextinguible que seul le
« pèquet » parvenait à apaiser.Mais
l’enfant grandissait et se fortifiait. Sa mère
constata bientôt que son nez croissait à une
allure beaucoup plus rapide que les autres parties
de son corps. Il était coloré, rubicond, avec
les reflets pourpres et violets d’un ciel au
crépuscule.
On
eût dit qu’on avait greffé sur un visage d’enfant
le nez d’un vieux Wallon adorateur du vin et
de la cervoise. Et cet appendice haut en couleur
le défigurait à tel point que son visage servit
de modèle pour la fabrication des masques de
carnaval.L’énormité du nez de Tchantchès était
un fréquet sujet de disputes entre les parents
adoptifs :- Tu vois, disait la mère à son
mari, avec ta sutpide idée de faire avaler de
pleins biberons de pèquet à cet enfant, voilà
le resultat !
Cette
énorme carotte qui le rendra ridicule toute
sa vie, alors qu’il aurait pu être beau comme
un Jésus. Le
père rétorquait :
-
Vous autres, les femmes, vous êtes de mauvaise
foi et vous ne raisonnez pas. Si l’usage du
pèquet faisait grandir les nez, le mien devrait
être présentement comme un betterave !
D’ailleurs le sien ne pousse plus bien qu’il
continue à boire du pèquet. Cette déformation
est certainement due à une autre cause que nous
ne connaissons pas. Il avait raison. Cette disgrâce
physique était le résultat d’un accident survenu
le jour du baptême.
La sage-femme qui le portait, une bonne femme
grande et sèche, ne rechignait pas non plus
à une bonne rasade de la liqueur de feu. Ce
jour-là, elle avait elle-même donné à boire
au poupon, et en prévision de la soif qu’il
éprouverait du fait que le prêtre déposerait
du sel sur sa langue, elle lui avait accordé
double ration.L’enfant n’en avait bu que le
quart, avait repoussé de ses menottes potelées
le biberon qu’elle lui tenait, et, pour ne pas
laisser le reste, elle l’avait avalé.
Prenant
l’enfant dans ses bras, elle était partie, mais,
en chemin, l’air étant assez vif, elle eut soudain
l’impression que les maisons basculaient et
que le pont de la Meuse chavirait dans le fleuve.
Elle avait raidi sa marche, mais en vain :
l’équilibre la fuyait.Au moment même où elle
tendait l’enfant au-dessus des fonts baptismaux,
ceux-ci semblaient reculer devant ses yeux voilés,
et elle lui cogna malencontreusement le nez
contre la pierre sacrée. Vu la dureté de sa
tête, l’enfant n’avait pas poussé un cri, mais
la croissance rapide de son organe avait sa
source dans un traumatisme ignoré.
Frappé
par cette infortue dès son baptême, il devait
en connaître une plus grande encore. Atteint
de rougeole alors qu’il était déjà bambin, il
dut, pour se guérir, avaler de l’eau ferrugineuse.
Sa mère en fabriqua en mettant macérer un morceau
de fer à cheval dans de l’eau. Assoiffé, l’enfant
avala le tout et le fer se cala si malencontreusement
dans son gosier qu’on ne put le retirer.
Dès
lors, il ne lui fut plus possible de tourner
la tête que latéralement ; pour regarder
le ciel, il devait se coucher sur le dos, et
à plat ventre pour voir le sol. Avec l’âge,
il se rendit compte de sa disgrâce. Il s’aperçut
que, sur son passage, certains avaient une mine
compatissante, d’autres étouffaient des rires,
et il résolut de ne plus sortir. Puis il décida
de braver la foule et les sarcasmes et il s’offrit
à faire saint Macrawe, c’est-à-dire à être porté,
tout barbouillé de suie, sur une chaise à porteurs
escortée de tous les gamins du quartier.
Ce fut la veille de l’Assomption en 770. Il
apprit ainsi que la laideur, accompagnée d’une
bonté d’âme et d’esprit, sais se faire aimer.
Il connut un grand triomphe et de ce jour fut
sacré prince du Djus d’la Mouse et l’objet de
la sympathie générale. Très souvent, il se promenait
au bord du beau fleuve, musardant à écouter
les hommes qui bavardaient en leur patois roman,
hérissé d’aspirations insolites. Un jour, il
suivit deux personnages qui discutaient d’une
façon animée :
-
Tes résultats en latin son déplorables, disait
le plus vieux à l’autre, qui n’était qu’un adolescent.
On vit bien sans latin, répondait l’autre. Si
je suis faible dans cette langue, j’ai des muscles
forts. Je ne veux pas être clerc, mais soldat !
Tchantchès
reconnut l’archevêque Turpin et Roland. Avec
l’impertinence qui était coutumière à l’enfant
à qui tout le monde pardonnait tout, eu égard
à sa disgrâce physique et à ses malheurs, il
s’avança vers les deux interlocuteurs et prononça
cette parole profonde mais un peu surprenante :
-
Oui, seigneur chevalier Roland, le latin ne
sert à rien du tout, mais c’est utile quand
même !
Interloqué,
Roland demanda :
-
Quel est ce manant ?
- Tchantchès, répondit fièrement notre héros,
prince du Djus d’la Mouse, pour vous servir,
seigneur chevalier !
Turpin
fut enchanté de l’assurance de ce gamin, le
regarda avec complaisance :
-
Tchantchès, dit-il, tu me plais ! Je vais
te présenter céans à notre grand empereur Charlemagne.
Dorénavant, tu serviras de compagnon à son neveu
Roland.
C’est
ainsi que le gamin des quais de Meuse fut introduit
à la cour de Charlemagne où il amusait tout
le monde par ses drôleries et ses réparties
vives, toutes saturées du sel gaulois qui saupoudre
encore aujourd’hui les propos des marchandes
des quatre-saisons de la bonne ville de Liège.L’expédition
d’Espagne fut décidée. Un grand débat s’engagea
entre Charlemagne, l’archevêque Turpin et Roland :
Emmènerait-on ou n’emmènerait-on pas Tchantchès ?
Turpin
parla le premier :
-
Nombreux sont les périls de la guerre !
Ce brave jeune homme ne sait manier ni la lance,
ni l’épée, ni l’épieu. Nous ne pouvons l’exposer
aux coups des Sarrazins. Nous aurions sa mort
sur la conscience !
Charlemagne
approuvait de la tête les paroles de l’archevêque.
Il passa une ou deux fois la main dans sa grande
barbe, puis répondit :
-
Turpin a raison ! Nous ne pouvons prendre
Tchantchès avec nous ! Pourtant il me manquera.
Il n’a qu’à paraître quand je suis soucieux,
et aussitôt, me soucis s’envolent comme fumée
au vent ! On ne se bat pas continuellement,
et je vous avoue qu’après avoir infligé une
défaite aux Sarrazins, j’aimerais retrouver
ce gai luron dans ma tente. Il serait capable
de soutenir le moral de l’ost !
Roland,
qui espérait que l’empereur passerait outre
aux scrupules de Turpin, se leva et déclara :
-
Sire empereur, vous le savez, aller à la guerre
ne me fait pas peur ; je me réjouis même
de faire mordre par Durandal la peau noire des
ennemis. Mais de devoir quitter Tchantchès me
fait deuil autant que de quitter Aude, ma fiancée !
Il réfléchit un instant et ajouta :
-
Plus même, je crois ! Pensez donc !
Il y a si longtemps que nous vivons ensemble
depuis le jour où je l’ai rencontré sur les
bords de la Meuse au Djus de la Mouse … Mais
je comprends que l’archevêque craigne pour lui,
d’autant que je connais Tchantchès : il
est courageux et ne voudra pas se tenir coi
à l’arrière de la bataille. Charlemagne interrompit
Roland :
-
Voilà la solution mes enfants ! Je vais
faire venir Tchantchès et je lui demanderai
ce qu’il veut faire. S’il veut nous accompagner,
nous n’aurons pas le droit de l’en empêcher.
Songez, archevêque Turpin que priver un Liégeois
d’user de sa liberté, c’est risquer de le faire
mourir de langueur ; et s’il en est ainsi,
nous aurions aussi sa mort sur la conscience.
Mais s’il souhaite nous accompagner, je lui
donnerai l’ordre de rester à l’arrière tant
que la bataille ne sera pas terminée.
Turpin
éclata de rire :
-
Vous oubliez que c’est un Liégeois et que si
vous lui donnez un ordre, il fera tout le contraire !Voyons
ce qu’il nous dira !Tchantchès, mandé,
se présenta aussitôt :
-
Sire empereur, vous m’avez huché, me voici !
-
Tchantchès, dit Charlemagne, sais-tu que je
vais faire la guerre aux Sarrazins en Espagne ?Tchantchès
porta la main à sa tête en poussant une exclamation
de douleur.
-
Sire empereur, je ne voudrais pas être à leur
place ! Tel que je vous connais, vous allez
leur flanquer une de ces râclées ! J’ai
déjà mal pour eux !
-
Je l’espère, Tchantchès, mais il ne s’agit pas
de cela pour l’instant ! Ecoute !
Nous ne pouvons pas t’emmener là-bas ;
tu resteras ici, à Liège, où nous viendrons
te retrouver une fois l’ennemi vaincu. Songe
que tu n’es pas un guerrier ! Tchantchès
se fâcha tout rouge. Son nez devint violet.
-
Sire empereur, dites tout d’un coup que je suis
un couard ! Qu’est-ce que vous voulez que
je fasse à me manger les sangs ici pendant qu’on
se battera là-bas ?
-
Ne te fâche pas, Tchantchès, dit Turpin. L’empereur
n’a pas voulu dire ça. Mais réfléchis !
Ne sachant pas manier les armes, tu risques
de te faire transpercer d’un coup de sabre par
les féroces Sarrazins.
-
Et vous alors, monseigneur l’archevêque !
Ce n’est pas avec votre crosse et votre goupillon
que vous porterez la déroute dans les rangs
ennemis !
-
Moi, c’est différent, rétorqua Turpin, je vais
là pour porter les joies de la bénédiction aux
soldats qui mourront dans la bataille.
-
Et bien, moi, j’irai pour les faire rire un
bon coup avant qu’ils ne meurent ! Quant
aux Sarrazins, laissez-les venir. Il y en aura
de surpris ! Vous vous battez avec des
lances, des sabres, des épieux ; c’est
tous des instruments pour se couper, tout ca !
« soukeu » du Djus d’la Mouse !
Demandez à Colas lambert qui s’est battu un
jour avec moi !Charlemagne s’empressa de
conclure :
-
Puisque Tchantchès veut venir, il viendra !
- Je ne sais pas ce qu’il a en tête, mais …
-
Ce que j’ai dans la tête, sire, interrompit
Tchantchès, vous ne le savez pas, mais les Sarrazins
le sentiront ! Vous verrez ! Avec
l’aide de Dieu et moi, vous vaindrez !L’ost
se mit en route. Tchantchès était étonné que
l’Espagne fût si loin. Puis il resta ébahi devant
la hauteur des Pyrénées.
A la première rencontre des Sarrazins, il s’étonna
que leur peau fût si noire. Il dit à Roland :
-
A mon avis, ils ont tous fait saint Macrawe
au Djus d’la Mouse et ils ont oublié de se frotter
la figure. Et bien, je vais leur apprendre ce
que c’est que les soukeux dc Liège ! Y
sommes-nous ? Sire roland, prenez Durandal !
Et vous, sire empereur, avez-vous Joyeuse ?
Mon Dieu, qu’ils sont laids !…
Tout
en parlant, il s’équipait ; En guise de
bouclier, il revêtit son sarrau bleu ;
pour heaumle, il se coiffa de sa casquette de
soie noire qu’il ajusta sur sa tête. Les trompettes
sonnèrent, les gonfanons se gonflèrent au vent ;
les barons et les chevaliers revêtirent leurs
armures et enfourchèrent leurs destriers. L’ost
s’ébranla.Tchantchès se plaça en tête, à côté
de Roland. En le voyant, un moricaud qui semblait
un chef, se mit à rire, et tout en hurlant des
mots barbares, fit comprendre par gestes qu’il
allait lui couper le nez d’un coum de cimeterre.
Roland
trembla pour son ami, mais il était trop occupé
lui-même par les quatre Sarrazins qui fonçaient
vers lui pour venir à la rescousse. Tout en
frappant de grands coups de Durandal, il lorgnait
avec angoisse du côté de Tchantchès.Le Maure
fonçait sur Tchantchès qui, arrêté, cracha
dans ses mains, regarda son adversaire lever
le bras et lancer son coup de cimeterre. Lus
rapide que
la lame, Tchantchès s’était baissé. Toute la
souplesse qu’il n’avait plus dans le cou, il
l’avait dans les reins, tant il avait dû souvent
les ployer pour regarder le ciel ou le sol.
La lame faucha dans le vide. Tchanthès aussitôt
redressé, saisit son adversaire aux épaules,
et d’un coup de tête dans l’estomac l’envoya
dans l’autre monde, puis, se retournant il défonça
le sternum du Sarrazin que Roland avait désarçonné.
ils furent entourés par une multitude d’ennemis.
Devait-il à son nez bénir de rester invulnérable
au milieu de la mêlée ? Toujours est-il
qu’il ne cessait de cracher dans ses mais, d’agripper
l’ennemi aux épaules et de le cosser. Les coups
de tête se succédaient à une cadence rapide.
Ni cuirasse, ni cotte de maille, ni haubert
ne résistaient à ce terrible bélier ; chaque
Sarrazin touché était un Sarrazin mort. Bientôt
le champ de bataille en fut couvert et le reste
de l’armée ennemie prit la fuite. Roland et
Tchantchès revinrent vers Charlemagne et Turpin,
qui les accueillirent avec transport.
-
Tchantchès, dit l’empereur, je t’ai regardé.
Tu as été admirable, tu t’es battu comme un
lion !
-
Sire empereur, vous vous trompez, c’est comme
un bélier ! Il était temps que ça finisse.
J’avais la langue si sèche que je ne savais
plus cracher dans mes mains ! Il y en a
deux que j’ai lâchés et qui m’ont échappé. Je
n’irai jamais plus à la bataille sans pèquet !
Turpin
éclata de rire, mais tout de suite, il demanda :
-
Tchantchès, tu n’est pas blessé ?
- Non, sire archev êque. A peine une toute petite
migraine !
De
ce jour-là, Tchantchès fut compté parmi les
meilleurs soldats de l’empereur et du Christ.Il
en vint au plus haut degré d’intimité avec Charlemagne.
Il ne se gênait pas pour entrer dans sa tente
sans se faire annoncer et la légende rpporte
même qu’un jour, était entré ainsi au moment
où l’empereur prenait un repas de gala, celui-ci
lui dit : « Que veux-tu, Tchantchès,
Laisse-moi manger mes moules ! »
Vint
la fameuse affaire de Roncevaux. Roland, encore
sous le coup de sa discussion avec Olivier,
frappait des coups formidables autour de lui.
Tchantchès faisait rage. Il avait déjà dû prendre
deux bonne lampées de pèquet pour retrouver
un peu de salive et expédier trois cent mille
Sarrazins dans l'’autre monde. Les autres fuyaient
l'e’droit de la bataille où il se trouvait.
N'ayant plus rien à faire, il commençait à s'ennuyer,
et il bâilla bruyamment. Roland lui dit :
-
Tchantchès, tu t’ennuies. Ne bâille pas ou tu
vas me faire bâiller, moi aussi. Retourne, va
te coucher ! Je ferai bien sans toi, je
vais voir un peu ce qui se passe là-bas à l’aile
gauche.
Tchantchès
obéit. Quelques instants après, il ronflait.
Depuis combien de temps dormait-il lorsqu’il
entendit retentir la lugubre note du cor ?
Il eut l’intuition d’un désastre. D’un bond,
il fut sur pieds et trouva Charlemagne devant
le cadavre de son preux compagnon. Sa tristesse
fut immense. Selon la coutune de l’époque, il
enleva sa casquette et s’arracha des poignées
de cheveux, puis, reprenant ses esprits, il
prononça cette courte oraison funèbre :
-
Sire empereur, dit-il, votre neveu Roland a
reçu sa « daye », mais nous le revengerons !
Ainsi
fut fait. Il accompagna Charlemagne au siège
de Sarragosse et ce fut lui qui, le tout premier,
franchit les murailles de la ville. De retour
à Aix-la-Chapelle avec toute la cour, il assista
au châtiment du traître Ganelon. Le félon devait
être écartelé, mais Tchantchès s’y opossa.
Il voulut que l’infidèle fut noyer dans une
cuve d’eau distillée, car souvent à Liège, il
avait entendu chanter :Lâche, va-t’en,
je te renie.A toi l’opprobre et le mépris !Et
il avait toujours compris « l’eau propre »
et le mépris. Malgré les insistance de l’empereur,
il voulut revenir dans sa bonne ville de Liège.
Mais il resta toujours inconsolable d’avoir
dormi à la bataille de Roncevaux.Il s’éteignit
à l’âge de quarante ans, après une franche ripaille,
échappant ainsi à la vieillesse.Il fut enterré
où s’élève aujourd’hui son monument, place de
l’Yser.
Rien
n'a pu le terrasser : ni l'amour (il resta célibataire),
ni la vieillesse (il s'éteignit à
l'âge de 40 ans), le prototype du vrais
Liégeois, mauvaise tête, esprit frondeur, grand
gosier, ennemi du faste et des cérémonies, farouchement
indépendant, mais cœur d’or, et prompt à s’enflammer
pour toutes les nobles causes.
Jean Bosly. Journaliste.
L'année
folklorique liégeoise
De
tout temps les hommes ont eu peur des mauvais
esprits. Ils ont cherché diverses façons de
les combattre, de les chasser. C'est ainsi qu'à
Liège, à Noël, on tire les douze coups de minuit,
de même que le quatrième week-end de juin, lors
des fêtes à l'anciennne, on fait éclater des
"tchaurbes" au passage du Saint Sacrement,
pendant la procession.
C'est
pour combattre cette obscurité, source de toutes
les angoisses, que dans le folklore nous nous
faisons accompagner tout au long de l'hiver
d'une Guirlande de Lumière. Pendant les mois
obscurs, en effet, un peu partout dans la province
s'allument des grands feux, des marches aux
flambeaux, à l'étoile ont lieu.
-
Noël à Saint-Pholien : Marche à l'étoile des
bergers ;
-
Samedi de la Chandeleur : Brûlage de la Maquralle ;
- Les grands feux de Sprimont, de la Saint Martin.
Résumer
le folklore liégeois prendrait toute une vie,
toutes les manifestations, les croyances, les
oeuvres sont nombreuses. Toutefois certaines
personnes tentent de rassembler un maximum de
documents, de renseignements sur la vie des
Liégeois. Jean Denys Boussart, mayeur de la
commune libre de Saint-Pholien-des-Prés (et
éternel étudiant) est l'une d'entre elles. Il
nous propose un rapide aperçu, dans l'ordre
chronologique, des diverses manifestations qui
ont lieu au cours de l'année.